BRIARD Michel
BRIARD Michel
Né à Saint-Lô en 1930, Michel Briard fut un ébéniste français reconnu pour la virtuosité de ses marqueteries et pour une œuvre située entre artisanat traditionnel et création contemporaine. Installé à Agneaux à partir de 1955, il y exerça son métier jusqu’à sa retraite, tout en poursuivant ensuite une activité artistique personnelle.
Sa vocation naît très tôt, à la suite d’un épisode scolaire douloureux survenu à l’âge de 13 ans. Après des débuts chez un tapissier à Saint-Lô, puis dans une entreprise à Bernay, il effectue son service militaire avant de revenir s’installer à Agneaux, où il monte son premier atelier chez sa grand-mère.
Dans les premières années de sa carrière, Michel Briard se consacre principalement à la restauration de meubles et à la réalisation de copies de mobilier du XVIIIe siècle. Soucieux de « s’asseoir dans le métier », il participe à plusieurs concours. En 1968, il obtient la médaille d’or nationale des métiers d’art pour l’un de ses meubles.
Sa notoriété grandit véritablement à partir des années 1970. En 1976, il participe au concours national télévisé « Artisan de la vertu », avant d’exposer notamment au Salon des artistes décorateurs au Grand Palais. Cette période marque le renouveau de sa création personnelle. Michel Briard développe alors un style reconnaissable, mêlant élégance des formes, marqueteries d’une grande maîtrise technique et goût du secret : chacun de ses meubles intègre des cachettes ou des tiroirs dissimulés, facéties qu’il affectionne particulièrement.
En 1981, l’une de ses tables à combinaisons est achetée pour le président de la République François Mitterrand et rejoint l’Élysée, dans le cadre du renouvellement du mobilier présidentiel avec des créations contemporaines. Michel Briard collabore également avec Michel Boyer et réalise avec Guy de Rougemont un ensemble de bureau intitulé « Diderot », édité par Artcurial.
Tout au long de sa vie, l’ébéniste réalise des pièces uniques vendues en France, aux États-Unis, en Angleterre et en Allemagne. Commodes, tables, semainiers, tableaux de bois représentant paysages, animaux ou portraits témoignent de son désir constant « de voir jusqu’où [il pouvait] aller avec le bois ». Son univers artistique envahit progressivement sa maison, où il vit entouré de ses propres créations.
Malgré une vision devenue très déficiente avec l’âge, Michel Briard continue à travailler le bois jusque dans ses dernières années. En 2024, à 94 ans, il déclarait encore : « Ce sont mes mains qui me guident. » Marqué physiquement par son métier — il avait perdu deux doigts de la main droite lors d’accidents de travail qu’il considérait comme fréquents chez les ébénistes — il poursuivait néanmoins son œuvre avec philosophie, réalisant encore chaque année une pièce unique.
L’ébénisterie demeura pour lui bien davantage qu’un métier : une passion vitale, qui l’aida notamment à surmonter la disparition de son épouse Odile. Michel Briard s’est éteint en 2025, laissant l’image d’un artisan d’art singulier, maître de la marqueterie et créateur de meubles à secrets, à la frontière de la tradition et de l’invention contemporaine.